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Je porte en moi la terre riante et sauvage où sont nés mes ancêtres . Je me nourris de sa sève,  me désaltère à ses ruisseaux et m'inspire de son histoire.

Dès le matin, je revêts une peau de brebis et deviens la douce et la docile. Mais quand vient la nuit, je devient la rebelle et l'insoumise et je cours pieds nus sur la colline,
et je danse avec les arbres,
et je chante avec les pierres,
et je ris avec le vent,
puis m'endors dans la rivière.

Je rêve aux pêchers fleuris qui embaument la vallée, aux ceps de vigne à flanc de coteau, aux boutons d'or et coquelicots, aux rayons de miel du soleil.

Je porte en moi la terre de mes ancêtres.

Dès le matin, gardée par les chiens, comme les autres brebis, je vais là où le pâtre me dit. Mais quand revient la nuit, je m'enfuis pieds nus sur la colline,
et je crie avec les arbres,
et je hurle avec les pierres,
et je gémis avec le vent,
puis sanglote dans la rivière.

Je pense à ces hommes et ces femmes tombés dans le maquis sublimant leurs souffrances, sacrifiant leur vie pour préserver la liberté d'un peuple entier.

Les grillons, les cigales, les criquets s'en souviennent aussi, c'est pourquoi au clair de lune nous saluons ensemble les étoiles disparues,
et nous dansons avec les arbres,
et nous chantons avec les pierres,
et nous rions avec le vent,
puis nous nous endormons dans la rivière,
espérant que nous serons assez nombreux à nous défendre pour conserver nos libertés.

 

Anelyne  avril 2016